L'oeil regardant au loin,
tant pour saisir une proie,
ou pour guetter la fin,

frère Raph, frère Raph, ne vois-tu rien venir?
De quoi as-tu si peur et qui t'as fait mourir?

Depuis plane en mon coeur
comme un silence étrange,
dans ta chute j'ai trouvé
de quoi détruire un ange;
Etre plus proche de toi
comme deux amants immondes,
je voudrais te toucher,
pouvoir sentir ta chair,
avec tes pieds enflés
vivant dans ma colère,
Oedipe dans les ténèbres,
est-ce la malédiction
qui de toi jusqu'à moi
me fait baisser le front?

Aurais-je du te dire combien
de ton brillant je me moquais,
et que je préférais de loin
le regard triste du boiteux?

T'ai-je dis que je t'ai ressenti
toute petite à ma fenêtre
dans cette chambre où je m'ennuie
en attendant le frère-charmant,
fille unique et inquiète?

Sarah, Sarah, ne vois-tu rien venir?
Où est parti ton frère qui voulait tant mourir?

Dix-sept années sans toi,
et maintenant le reste
de mes jours sur la terre
à maudire ton geste...

Il reste un père sur ma planète,
et un frère, Romain (pas grec),
il serait temps de nous aimer,
avec nos mains un peu souillées
de ton délire familier;

A ne pas pouvoir s'en remettre,
puisse-t-on au moins se reconnaître
et dans la peur ou dans la peine,
lire dans le flot de nos veines
ton souvenir coagulé.

Du sang qui coule sur une île grecque
Un train qui roule dans ma tête

Enfermés dans nos masques
nous vivons comme les dieux
contraints à une vie de grimaces
rêvant toujours comme Dédale
toi sur ton char moi à cheval
de retourner vers les étoiles
et de s'aimer au fond des cieux.

Sarah