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    Lorsque j’ai découvert les dessins des Ouistitis,il y a huit jours, sur le net, je me suis dit qu’il fallait absolument que je rencontre leur maîtresse, que je voie leur école et leur classe. Eh bien c’est ce que j’ai fait à midi, alors qu’ils étaient tous à la cantine.

 

    Sandrine, leur maîtresse, m’a accueilli… je ne dirai pas dans leur classe, car on se croirait plutôt dans une vaste chambre d’enfants, ou plutôt, puisqu’il n’y a pas de lits, dans une salle de séjour réservée aux enfants.

 

    Ce qu’on remarque d’abord, c’est le nombre de découpages colorés suspendus au plafond. Puis on découvre les tables — mais pas alignées, ces tables d’école, pas du tout. Disposées au contraire par deux ou trois, et accolées de manières que les ouistitis, lorsqu’ils saisissent leurs crayons de couleur, puissent se voir, s’encourager les uns les autres, peut-être discuter de l’intérêt de mettre ici du rouge, là du vert ou du jaune. Et puis, sur les tables, des cahiers ouverts. Et puis, tout autour, sur des plateaux adossées aux murs, une série impressionnante de Mackintosh de tous âges, de toutes formes et de toutes tailles. Tout cela baigné d’ondes positives, si vous voyez ce que je veux dire…

 

    Quelle différence avec l’école que j’ai connue lorsque j’étais en culotte courte, lorsque le père Fouettard nous apprenait à lire et écrire et que nous devions, avant de tracer le moindre signe sur le papier, tremper dans l’encrier nos plumes Sergent-major, sans bien sûr nous maculer les doigts, sinon nous allions au coin : ici pas de grisaille, pas trace de souffrance, aucun remugle d’ennui, mais au contraire un clair parfum de vie qui vous réjouit le cœur, vous donne envie de connaître ceux qui passent dans ce lieu, pour y apprendre l’essentiel, une grande partie de leur existence d’enfants.

 

    Et savez-vous ce que m’a confié Sandrine, fidèle depuis plus de vingt ans à cette école à classe unique ? Que si elle devait la quitter, elle quitterait aussi l’Education nationale. Elle ne m’a pas dit pourquoi, mais j’ai cru deviner.

 

    Parce que si ses Ouistitis, élèves d’un minuscule village, disposent d’un matériel aussi impressionnant, c’est qu’ils organisent avec elle, chaque année, des vide-greniers qui leur rapportent assez d’argent pour l’augmenter par petits bouts.

charla

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